« 4 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 11-12], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11565, page consultée le 03 mai 2026.
4 janvier [1844], jeudi matin, 10 h. ¾
Bonjour mon Toto chéri, bonjour mon bien aimé Toto. Comment vas-tu mon cher petit ?
Penses-tu un peu à moi ? À la joie que j’aurais de te voir si tu venais bientôt ?
Pauvre ange bien aimé je ne l’espère pas car je sais combien tu as à faire. Je ne
me
résigne que difficilement à cette dure nécessité mais contre la force il n’y a pas
de
résistance. Il faut vouloir ce qu’on ne peut empêcher bon gré, mal gré. Je te dirai,
mon cher petit, pour te tranquilliser que M. Chose va
mieux1. J’ai passé une très
bonne nuit et mes mouvements se font avec moins de difficultés. C’est un mieux lent
mais qui se soutient de jour en jour. Je crois que j’en serai quitte avant le temps
prédit par notre grand Esculape2. J’en suis fâchée pour vous mais votre service auprès de mon
auguste personne recommencera très très prochainement. Tenez-vous le pour dit et
faites vos préparatifs en conséquence.
Je pense que tu vas à l’académie tantôt,
est-ce que tu ne pourrais pas venir en passant m’embrasser une petite goutte ? Cela
me
ferait pourtant bien plaisir et m’empêcherait de trouver la journée aussi longue.
Tu
serais bien gentil de te détourner un peu de ton chemin pour me faire cette joie.
Autrefois vous n’y auriez pas manqué. Mon Toto adoré je ne veux pas me laisser aller
à
comparer le passé avec le présent pour ne pas te tourmenter injustement dans le cas
où
je me tromperais. Je crois que tu m’aimes comme autrefois. J’ai besoin que tu m’aimes
comme autrefois. J’en ai besoin non seulement pour mon bonheur mais j’en ai besoin
pour vivre. Je baise tes chers petits pieds et je te demande pardon.
Juliette
1 Allusion codée à élucider.
2 Dieu romain de la médecine.
« 4 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 13-14], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11565, page consultée le 03 mai 2026.
4 janvier [1844], jeudi soir, 5 h. ¾
Que tu es adorablement bon, mon adoré, d’être venu me voir auparavant d’aller à ton
académie. Je ne t’en remercie pas parce que ça ne serait pas assez mais j’ai été bien
heureuse tout le temps que je t’ai vu et longtemps encore après puisque cela dure
encore à présent. Je ne te promets pas pourtant qu’il y en aita pour longtemps car il me semble qu’il y a
bientôt un an que je ne t’ai vu. Les minutes me semblent des mois et les heures des
années tant elles se traînent lourdement sur ma vie quand tu n’es pas là.
Je
vous ai regardé partir, mon bien-aimé, et vous ne vous êtes pas retourné. Peut-être
est-ce le brouillard qui m’a empêchée de saisir votre regard au tournant de ma rue.
Si
cela est, je vous en demande très humblement pardon et je lèche la sacrée poussière
de
vos bottes.
Je n’ai toujours aucune nouvelle de Mmes Pierceau et Franque. Quant à cette dernière cela ne m’étonne pas
et ne m’émeut pas, je la sais sans cœur et sans bienveillance pour tout le monde.
Mais
l’autre c’est différent et je n’aurais jamais cru que la maladie pût la changer à
ce
point. Je lui pardonne du reste, pauvre femme, et de grand cœur et je n’en parlerai
plus désormais. Ma fillette a travaillé toute la journée. Dans ce moment-ci elle
étudie son piano à force. Elle est toujours bien affectueuse et bien heureuse d’être
auprès de moi. Certes la pauvre enfant c’est bien le bonheur pur et simple d’être
auprès de nous car rien de drôle ne s’y mêle. Ça n’en est
que mieux. Moi je vous adore comme toujours.
Juliette
a « est ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
